Six disques de Jazz pour appréhender cette musique - épisode 4 - 1959 : Time Out, The Dave Brubeck Quartet

1959 : Time Out, The Dave Brubeck Quartet

1959 : Time Out, The Dave Brubeck Quartet

Voilà un disque de jazz célébrissime qui comporte 2 tubes énormes : Take Five et Blue Rondo a la turk.

Ce disque a été un véritable hit, repris par tout le monde dans tous les styles de musique : Al Jarreau a gagné 2 Grammy Award pour ses reprises vocales des 2 titres phares de l’album, Claude Nougareau a chanté A bout de souffle (Blue rondo a la turk) et le Jazz et la Java (Three to get ready), Emerson Lake & Palmer ont également repris le Blue rondo a la turk sous le titre Rondo (et en 4/4), mais aussi des versions jungle etc…

Ce qui caractérise ce disque, c’est que c’est défi lancé au temps (d’où son titre), à ce qu’on appelle en anglais les Time signatures, c’est à dire la signature rythmique des morceaux.

Non non non, ne partez pas! Je vais essayer de vous expliquer cela de manière simple, mais c’est important de comprendre cela pour parler de Time Out.

En musique occidentale, 99,99% des morceaux sont joués en 4/4, c’est à dire que chaque mesure compte 4 temps : c’est le “And one, two, one two three four !” lancé au début de la chanson par le batteur ou le chanteur et que vous connaissez bien. Les chansons ou morceaux qui ne respectent pas cette signature (je ne parle pas des valses à 3 temps (en ¾) ou leur équivalent plus chaloupé 6/8) sont rares, en particulier dans le jazz des années 50 qui ne pratique que le 4/4 (mais sans polluer). Suite à une tournée mondiale du Dave Brubeck Quartet, en particulier en Turquie, les musiciens ont été très impressionnés par les rythmes étrangers, différents de notre 4/4 occidental qu’ils ont pu entendre ici ou là, et la facilité des batteurs de la région d’Istanbul à changer de rythme au cours d’une même interprétation : c’est la (re)découverte de la polyrythmie.

Ainsi, le Blue Rondo a la Turk est un thème en 9/8 (9 croches par mesure, donc 4 temps et demi par mesure) jouée habituellement en jazz par groupe de trois croches (3-3-3). Ici, le thème est découpé en séries de 2 croches : 2-2-2-3 qui donne cet aspect presque haché du thème principal, qio lui donne toute cette tension et cet effet tournoyant. La tension est relachée dans la partie jazz cool au cours de laquelle intervient le saxophoniste (Paul Desmond), mais c’est pour repartir de plus belle dans le thème principal. Claude Nougareau avait d’aileurs bien retranscrit l’impresssion que donne l’altenance de cette tension et du relachement dans son A bout de souffle qui décrit une course poursuite.

Egalement, le célébrissime Take Five, le tube de ce disque, est une composition en 5/4 (5 temps par mesure donc, vous commencez à comprendre) du saxophoniste. Cette signature en 5/4 est tout à fait inédite à l'époque en jazz. Ces 5 temps pertubent l’auditeur (essayez de taper le rythme dans les mains en écoutant ce morceau) tout en l’envoûtant, en l’emprisonnant dans ce thème désormais hyper connu (trop utilisé par la pub en particulier). Le solo de batterie est superbe, et Dave Brubeck continue en sourdine l’accompagnement pour ne pas perdre l’auditeur en cours de route. Un chef d’oeuvre qui fut un hit surprise et dépassa les clivages des maisons de disques entre le jazz et le reste.

It was never supposed to be a hit. It was supposed to be a Joe Morella drum solo.

Les musiciens sont :

  • Dave Brubeck, piano
  • Paul Desmond, saxophone alto
  • Eugene Wright (le seul noir du groupe), basse
  • Joe Morello, batterie
(de gauche à droite : Morello, Desmond, Brubeck, Wright)

(de gauche à droite : Morello, Desmond, Brubeck, Wright)

Un disque novateur, iconoclaste mais classique, un très bon enregistrement disponible à prix sympa : ne le ratez pas ou redécouvrez-le si vous le connaissez déjà !


Résumé des épisodes précédents :