USA - Réactions à la déclaration de Guerre en Irak en 2003

Ce document est une petit compilation des textes écrits par les intellectuels de notre époque, en cette trouble période de guerre du début de l’année 2003, avec en ouverture le discours de Bush du 20 mars 2003, 4h15 (heure de Paris) : c’est la guerre.

Textes présentés :

  • Allocution télévisée du président Bush du 20 mars 2003
  • Michael Moore : Le moment de vérité
  • Michael Moore : Ce que W a réussi à faire
  • Paulo Coelo : Mille mercis, président Bush
  • Sean Penn : Je ne souscris pas à une conception simpliste du bien et du mal
  • Thomas van Oudenhove de St Géry : Il pleut dans mon cœur …comme il pleut (des bombes) sur Bagdad
  • Laure Klein : article du 11 mars 2002 dans le Los Angeles Times
  • Les Humains Associés : Manifeste planétaire

Allocution télévisée du président Bush du 20 mars 2003

Chers concitoyens. A cette heure, les forces américaines et de la coalition ont engagé les premières opérations militaires pour désarmer l’Irak, libérer son peuple et défendre le monde contre un grave danger.

Sur mes ordres, les forces de la coalition ont commencé à frapper des cibles militaires sélectionnées pour saper les capacités de Saddam Hussein à mener une guerre. Il s’agit des premières étapes de ce qui sera une campagne vaste et concertée.

Plus de 35 pays fournissent un soutien crucial qui va de l’utilisation de bases aériennes et navales à l’assistance en matière de renseignement ou de logistique et au déploiement d’unités de combat. Chaque pays de cette coalition a choisi de remplir son devoir et de partager l’honneur d’agir pour notre défense commune.

Je dis à tous les hommes et femmes des forces armées américaines se trouvant actuellement au Moyen-Orient : la paix d’un monde troublé et les espoirs d’un peuple opprimé dépendent maintenant de vous. Vous méritez cette confiance.

Les ennemis que vous affrontez vont connaître vos capacités et votre courage, le peuple que vous libérez va être témoin de l’esprit honnête et honorable de l’armée américaine.

Dans ce conflit, l’Amérique fait face à un ennemi qui méprise le droit de la guerre et la morale. Saddam Hussein a placé des troupes et des équipements irakiens dans des zones civiles, tentant d’utiliser des innocents, hommes, femmes et enfants comme boucliers humains pour son armée, une dernière atrocité contre son peuple.

Je veux que les Américains et le monde entier sachent que les forces de la coalition feront tous les efforts possibles pour épargner des civils innocents. Une campagne militaire sur le terrain difficile d’un pays aussi grand que la Californie pourrait être plus longue et difficile que certains le prédisent.

Aider les Irakiens à devenir un pays uni, stable et libre va requérir notre engagement de tous les instants. Nous venons en Irak avec respect pour ses citoyens, leur grande civilisation et les religions qu’ils pratiquent. Nous n’avons pas d’autre ambition en Irak que d’écarter une menace et remettre le contrôle de ce pays entre les mains de son propre peuple.

Je sais que les familles de nos soldats prient pour que tous ceux qui sont engagés rentrent dans leurs foyers sains et saufs rapidement. Des millions d’Américains prient avec vous pour la sécurité de ceux que vous aimez et pour la protection des innocents. Pour ce sacrifice, vous avez la gratitude et le respect du peuple américain et vous pouvez être assurés que nos forces armées seront de retour dans leurs foyers dès que leur tâche sera accomplie.

Notre nation s’engage dans ce conflit à contrecœur mais nous sommes sûrs de nos objectifs. Les peuples des Etats-Unis, de nos amis et alliés ne vivront pas à la merci d’un régime hors-la-loi qui menace la paix avec des armes de destruction massive.

Nous allons maintenant éliminer cette menace avec nos forces terrestres, aériennes, maritimes, nos gardes-côtes et nos Marines de façon à ce que nous n’y soyons pas confrontés à l’avenir avec nos pompiers, policiers et médecins dans les rues de nos villes.

Maintenant que le conflit a commencé, la seule façon de limiter sa durée est d’appliquer une force décisive. Et je vous assure que ce ne sera pas une campagne de demi-mesures et que nous n’accepterons pas d’autre issue que la victoire.

Mes chers compatriotes, les menaces qui pèsent sur notre pays et le monde seront éliminées. Nous traverserons cette période de périls et propagerons la paix. Nous défendrons notre liberté. Nous apporterons la liberté aux autres. Et nous vaincrons.

Que Dieu bénisse notre pays et tous ceux qui le défendent.

Michael Moore : Le moment de vérité

Traduction de la lettre de Michael Moore à George W. Bush, à la veille de la guerre

Très cher gouverneur Bush,

Nous sommes ainsi arrivés au “moment de vérité”, au jour où “la France et le reste du Monde doivent abattre leurs cartes”. Je suis ravi d’entendre que ce jour est enfin arrivé. En effet, je vais vous le dire, je ne savais pas si je pouvais en supporter davantage, après avoir survécu à 440 jours de vos mensonges et autres petits arrangements. Je suis donc enchanté de savoir que nous sommes au moment de vérité, car j’ai justement quelques vérités que j’aimerais partager avec vous.

  1. il n’y a en fait personne aux Etats-Unis (mettons les guignols des débats radio et de Fox News de côté) qui soit chaud à l’idée d’aller faire la guerre. Faîtes-moi confiance là dessus. Allez vous promener autour de la Maison Blanche et sur n’importe quelle rue aux Etats-Unis et essayer de trouver 5 personnes qui soient déterminées à aller tuer des Irakiens. Vous ne les trouverez pas ! Et pourquoi ? Parce qu’aucun Irakien n’est jamais venu ici pour tuer l’un d’entre nous. Aucun Irakien n’a même menacé de le faire. Vous voyez, c’est ainsi que l’Américain moyen fonctionne: si un sale type n’est pas considéré comme une menace pour nos vies, alors nous n’avons aucune envie de le tuer ! C’est comme ça que ça marche !
  2. La majorité des Américains – ceux qui n’ont pas voté pour vous d’ailleurs – ne sont pas dupes de vos armes de distraction massive. Nous savons les vrais préoccupations quotidiennes de nos existences – et aucune d’entre elles ne commence par un I, ni ne finit par un K. Voilà ce qui nous fait peur: les 2,5 millions d’emplois disparus depuis que vous êtes au pouvoir, la Bourse devenue une vaste fumisterie, ce qe vont devenir nos fonds de pension, le prix de l’essence à quasiment 2 dollars – et la liste est longue. Bombarder l’Irak n’en fera disparaître aucun. Vous voulez seulement vous détourner des vrais problèmes.
  3. Ainsi que le disait Bill Maher, jusqu’à quel point faut-il sucer (traduction littérale), (en clair) : combien de mensonges faut-il proférer pour perdre un concours de popularité contre Sadam Hussein ? Le monde entier est contre vous M. Bush. Et vous pouvez me compter parmi eux.
  4. Le pape a dit que cette guerre était mauvaise, que c’était un péché. Le pape ! Et encore pire, les Dixie Chicks se sont prononcés contre vous aussi! Qu’est-ce qu’il vous faut encore pour vous rendre compte que vous êtes une armée d’une seule personne dans cette guerre ? Bien sûr, cette guerre vous ne devrez pas la faire personnellement. Comme à l’époque où les pauvres ont été envoyés au Vietnam, à votre place !
  5. Sur les 535 membres du Congrès il n’y en a qu’un (le sénateur Johnson du Dakota) qui a un fils ou une fille enrolé dans les forces armées ! Si vous voulez vraiment vous lever et défendre l’Amérique, svp, envoyez vos filles jumelles au Koweit, tout de suite, et faites-leur donner leurs uniformes de combat avec protection contre les armes chimiques. Et voyons un peu du côté de tous les membres du Congrès qui ont un enfant en age d’être militaire, qui vont sacrifier leurs enfants pour cet effort de guerre. Qu’est-ce que vous en dites ? Vous ne pensez pas qu’ils seront d’accord ? Eh bien, devinez, nous non plus on ne le croit pas !
  6. Pour finir, nous on aime la France. Eh Oui, ils vous ont royalement emmerdé. C’est vrai, certains d’entre eux peuvent être bien ennuyeux. Mais avez-vous oublié qu’on n’aurait même pas ce pays connu sous le nom d’Amérique s’il n’y avait pas eu les français ? Que c’est leur aide pendant la guerre de Révolution qui a gagné cette guerre pour nous ? Que nos plus grands penseurs et pères fondateurs – Thomas Jefferson et Ben Franklin, etc- ont passé beaucoup d’années à Paris où ils ont affiné les concepts qui ont mené à notre Déclaration d’Indépendance et notre Constitution ? Que c’est la France qui nous a donné notre statue de la Liberté, qu’un français a construit la Chevrolet et que ce sont deux frères français qui ont inventé le cinéma ? Et maintenant, ils ne font que ce que seul un bon ami peut faire – vous dire la vérité sur vous-même, directement, sans biaiser. Arrêtez de chier sur les Français et remerciez-les, pour une fois, de faire les choses bien. Vous savez, vous auriez vraiment eu intérêt à voyager beaucoup plus avant de le prendre le pouvoir. Votre ignorance du monde, non seulement vous fait paraître stupide, mais en prime elle vous a mis dans une impasse dont vous ne pouvez sortir.

Allez, remettez-vous – j’ai des bonnes nouvelles. Si vous y parvenez, à faire cette guerre, il est plus que probable qu’elle sera courte parce que je suppose qu’il ne doit pas y avoir beaucoup d’Iraquiens qui sont prêts à donner leurs vies pour protéger Saddam Hussein. Après avoir “gagné” cette guerre, vous pourrez jouir d’un saut stratosphérique dans les sondages d’opinion, parce que tout le monde aime les “gagnants”. De plus, qui n’aime pas voir un bon petit bottage de cul de temps en temps (spécialement quand c’est un cul du tiers-monde!). Donc, tâchez de faire de votre mieux pour chevaucher cette victoire jusqu’aux prochaines élections. Evidemment, elles sont encore loin et d’ici là on devra sérieusement y croire et s’accrocher en regardant notre économie couler encore plus profondément dans les chiottes !

Mais, hé, qui sait, peut-être que vous trouverez Osama quelques jours avant les élections ! Allez, faut penser positif ! Garder l’espoir ! Tuez les Iraquiens, ils ont notre pétrole !!

Michael Moore

Michael Moore : Ce que W a réussi à faire

Cher Georges,

Depuis que tu es président des États Unis, de mauvaises langues prétendent que tu te tournes les pouces. Pourtant en quelques mois, tu as réussi à :

  1. Réduire de 39 millions de dollars le budget des bibliothèques fédérales.
  2. Réduire de 35 millions de dollars le budget du programme de formation en médecine pédiatrique avancée.
  3. Réduire de 50% le budget de la recherche sur les énergies renouvelables.
  4. Repousser l’émission du règlement réduisant les niveaux “acceptables” d’arsenic dans l’eau potable.
  5. Réduire de 28% le budget du programme de recherche pour des véhicules moins polluants et moins consommateurs d’énergie.
  6. Abolir la législation permettant à l’État de refuser tout contrat public aux entreprises qui violent les lois fédérales, les lois de protection de l’environnement et les règles de sécurité sur le lieu de travail.
  7. Permettre à la secrétaire de l’Intérieur Gale Norton d’explorer la possibilité d’ouvrir les parcs nationaux à l’exploitation forestière et minière et aux forages pétroliers et gaziers.
  8. Renier ta promesse de campagne d’investir 100 millions de dollars par an dans la protection des forets tropicales.
  9. Réduire de 86% le programme communautaire d’accès aux soins, qui organisait la coopération des hôpitaux publics, des cliniques privées et autres prestataires pour venir en aide aux malades dépourvus d’assurance médicale.
  10. Réduire à néant une proposition visant à accroître l’accès du public aux informations sur les conséquences potentielles des accidents chimiques industriels.
  11. Réduire de 60 millions de dollars le programme de logements sociaux de la fondation d’aide à l’enfance.
  12. Refuser de signer l’accord de Kyoto sur l’effet de serre, contre la volonté de 178 pays.
  13. Rejeter un accord international ayant pour but l’application du traité de 1972 bannissant les armements microbiologiques.
  14. Réduire de 200 millions de dollars le budget des programmes de formation des travailleurs au chômage.
  15. Réduire de 200 millions de dollars le Fonds pour l’enfance et le développement, un programme qui permet aux famille à bas revenus de faire garder leurs enfants pendant les heures de travail.
  16. Éliminer la couverture des contraceptifs prescrits médicalement pour les fonctionnaires de l’administration fédérale (alors que le Viagra est encore couvert).
  17. Réduire de 700 millions de dollars le budget de réhabilitation des logements sociaux.
  18. Réduire d’un demi milliard de dollars le budget de l’EPA (agence de protection de l’environnement).
  19. Abolir les directives concernant les règles d’hygiène et de sécurité sur les lieux de travail.
  20. Renier ta promesse de campagne de réguler les émissions de dioxyde de carbone qui contribuent fortement à l’effet de serre.
  21. Interdire l’attribution d’aides d’origine fédérale aux organisations internationales de planning familial qui fournissent des conseils ou des services en matière d’IVG, fussent-elles financées sur fond propres.
  22. Nommer responsable en matière d’hygiène et de sécurité minières auprès du ministère du Travail un ancien dirigeant d’une entreprise minière, Dan Laurier.
  23. Nommer sous secrétaire au ministère de l’Intérieur Lynn Scarlett, un fonctionnaire qui ne croit pas à l’effet de serre et qui s’oppose à l’introduction de règles plus contraignantes contre la pollution atmosphérique.
  24. Approuver le projet controversé du ministère de l’Intérieur Gale Norton, qui consiste à mettre aux enchères des fonds marins proches de la côte est de la Floride aux fins d’exploitation pétrolifère et gazière.
  25. Prévoir l’autorisation de forages pétroliers dans une aire protégée du Montana, la Lewis and Clark National Forest.
  26. Menacer de fermer le Bureau de lutte contre le sida de la maison Blanche.
  27. Décider de ne plus consulter l’Association américaine du barreau en matière de nomination des juges fédéraux.
  28. Refuser toute aide financière aux étudiants condamnés pour des délits de toxicomanie mineurs(alors que les personnes condamnées pour assassinat ont toujours droit à ces aides).
  29. Dégager seulement 3% du montant défini par les avocats du département de la justice pour le budget alloué aux poursuites de l’administration contre l’industrie du tabac.
  30. Faire passer ton projet de baisse d’impôts qui profite, pour 43% au 1% des américains les plus fortunés.
  31. Signer un décret qui rend beaucoup plus difficile aux américains disposant de revenus faibles ou moyens de se déclarer en faillite personnelle, même quand ils font face à des dépenses médicales exceptionnelles.
  32. Nommer directeur du personnel de la Maison Blanche Kay Cole James, une adversaire de la discrimination positive en faveur des minorités.
  33. Réduire de 15,7 millions de dollars le budget du programme contre la maltraitance des mineurs.
  34. Proposer l’élimination du programme “Lire, c’est fondamental”, qui permettait de distribuer gratuitement des livres aux enfants de familles pauvres.
  35. Stimuler le développement d’armements “micronucléaires” destinés à atteindre des cibles souterraines et ce en violation du traité d’interdiction des essais nucléaires.
  36. Essayer d’éliminer une législation protégeant 24 millions d’hectares de forêts contre toute fore d’exploitation forestière et contre la construction de routes.
  37. Nommer responsable du contrôle des armements et des questions de sécurité internationale John Bolton, adversaire des traités de non-prolifération et hostile à l’ONU.
  38. Nommer une dirigeante de Monsanto, Linda Fisher, comme administratrice adjointe de l’Agence de protection de l’environnement.
  39. Nommer à un poste de juge fédéral Michael McConnel, dont on connaît bien l’opposition à la séparation de l’Église et de l’État.
  40. Nommer à un poste de juge fédéral Terrence Boyle, adversaire des droits civiques.
  41. Éliminer la date butoir de 2004 accordée aux constructeurs d’automobiles pour développer des prototypes de véhicules plus économes en carburant.
  42. Nommer à la tête du programme gouvernemental de lutte contre la drogue John Walterss, adversaire du traitement des toxicomanes incarcérée.
  43. Nommer secrétaire adjoint à l’intérieur J.Steven Giles, bien connu pour son travail au service des lobbies du charbon et du pétrole.
  44. Nommer responsable pour l’eau et la recherche scientifique auprès du ministère Bennet Raley, adversaire de la législation en faveur de la protection des espèces menacées.
  45. Faire pression pour bloquer les poursuites engagées contre le Japon par les femmes asiatiques ayant servi d’esclaves sexuelles aux troupes japonaises pendant la Seconde Guerre mondiale.
  46. Nommer conseiller juridique de la maison Blanche Ted Olson, ton principal avocat dans la controverse juridique sur la légalité du scrutin en Floride.
  47. Proposer d’améliorer la procédure d’autorisation de la construction de barrages et de centrales nucléaires, y compris en affaiblissant les critères de protection de l’environnement.
  48. Proposer la vente de zones de forage gazier et pétrolier dans les aires protégées de l’Alaska.

Et maintenant, tu veux te lancer dans une guerre dont tu ne mesures pas les conséquences à venir. Je crois, cher Georges, que la France devrait faire voter par l’ONU l’envoi de casques bleus aux USA car visiblement, tu es en train de faire ce qu’aucun de tes prédécesseurs n’avait oser faire à ton peuple…et par voie de conséquense à nous. Alors, cesse de faire joujou avec tes soldats et de traiter Saddam Hussein comme un ennemi car visiblement tu lui ressembles. Allez Georges, rentre chez toi et arrête de faire peur à mon fils avec tes bruits de bottes.

Extraits de “Mike contre-attaque”, édition La Découverte, Paris 2000. Ce pamphlet anti-Bush vient d’être élu “livre de l’année” en Grande-Bretagne.

Paulo Coelo : Mille mercis, président Bush

Merci à vous, grand dirigeant. Merci, George W. Bush. Merci de montrer à tous le danger que représente Saddam Hussein. Nombre d’entre nous avaient peut-être oublié qu’il avait utilisé des armes chimiques contre son peuple, contre les Kurdes, contre les Iraniens. Hussein est un dictateur sanguinaire, l’une des expressions les plus manifestes du Mal aujourd’hui.

Mais j’ai d’autres raisons de vous remercier. Au cours des deux premiers mois de l’année 2003, vous avez su montrer au monde beaucoup de choses importantes, et pour cela vous méritez ma reconnaissance.

Ainsi, me rappelant un poème que j’ai appris enfant, je veux vous dire merci.

Merci de montrer à tous que le peuple turc et son Parlement ne se vendent pas, même pour 26 milliards de dollars.

Merci de révéler au monde le gigantesque abîme qui existe entre les décisions des gouvernants et les désirs du peuple. De faire apparaître clairement que José Maria Aznar comme Tony Blair n’ont aucun respect pour les voix qui les ont élus et n’en tiennent aucun compte. Aznar est capable d’ignorer que 90% des Espagnols sont opposés à la guerre, et Blair ne fait aucun cas de la plus grande manifestation publique de ces trente dernières années en Angleterre.

Merci, car votre persévérance a forcé Tony Blair à se rendre au Parlement britannique avec un dossier truqué, rédigé par un étudiant il y a dix ans, et à le présenter comme “des preuves irréfutables recueillies par les services secrets britanniques”. Merci d’avoir fait en sorte que Colin Powell s’expose au ridicule en présentant au Conseil de sécurité de l’ONU des photos qui, une semaine plus tard, ont été publiquement contestées par Hans Blix, l’inspecteur responsable du désarmement de l’Irak.

Merci, car votre position a valu au ministre français des affaires étrangères Dominique de Villepin, prononçant son discours contre la guerre, l’honneur d’être applaudi en séance plénière – ce qui, à ma connaissance, n’était arrivé qu’une fois dans l’histoire des Nations unies, à l’occasion d’un discours de Nelson Mandela.

Merci, car grâce à vos efforts en faveur de la guerre, pour la première fois, les nations arabes – en général divisées – ont unanimement condamné une invasion, lors de la rencontre du Caire, la dernière semaine de février.

Merci, car grâce à votre rhétorique affirmant que “l’ONU avait une chance de démontrer son importance”, même les pays les plus réfractaires ont fini par prendre position contre une attaque de l’Irak.

Merci pour votre politique extérieure qui a conduit le ministre britannique des affaires étrangères, Jack Straw, à déclarer en plein xxisiècle qu’“une guerre peut avoir des justifications morales” – et à perdre ainsi toute sa crédibilité.

Merci d’essayer de diviser une Europe qui lutte pour son unification ; cet avertissement ne sera pas ignoré.

Merci d’avoir réussi ce que peu de gens ont réussi en un siècle : rassembler des millions de personnes, sur tous les continents, qui se battent pour la même idée – bien que cette idée soit opposée à la vôtre.

Merci de nous faire de nouveau sentir que nos paroles, même si elles ne sont pas entendues, sont au moins prononcées. Cela nous donnera davantage de force dans l’avenir.

Merci de nous ignorer, de marginaliser tous ceux qui ont pris position contre votre décision, car l’avenir de la Terre appartient aux exclus.

Merci parce que, sans vous, nous n’aurions pas connu notre capacité de mobilisation. Peut-être ne servira-t-elle à rien aujourd’hui, mais elle sera certainement utile plus tard.

A présent que les tambours de la guerre semblent résonner de manière irréversible, je veux faire miens les mots qu’un roi européen adressa autrefois à un envahisseur : “Que pour vous la matinée soit belle, que le soleil brille sur les armures de vos soldats – car cet après-midi je vous mettrai en déroute.”

Merci de nous permettre à tous, armée d’anonymes qui nous promenons dans les rues pour tenter d’arrêter un processus désormais en marche, de découvrir ce qu’est la sensation d’impuissance, d’apprendre à l’affronter et à la transformer.

Donc, profitez de votre matinée, et de ce qu’elle peut encore vous apporter de gloire.

Merci, car vous ne nous avez pas écoutés, et ne nous avez pas pris au sérieux. Sachez bien que nous, nous vous écoutons et que nous n’oublierons pas vos propos.

Merci, grand dirigeant George W. Bush.

Merci beaucoup.

Paulo Coelho

Traduit du portugais (Brésil) par Françoise Marchand Sauvagnargues ©Paulo Coelho

Sean Penn : Je ne souscris pas à une conception simpliste du bien et du mal

Monsieur Bush,

Comme vous, je suis père de famille et américain. Comme vous, je me considère comme un patriote. Comme vous, j’ai été horrifié par les événements de l’année passée, inquiet pour ma famille et pour mon pays. Cependant, je ne crois pas en une vision simpliste et provocatrice du bien et du mal. Je crois en ce vaste monde peuplé d’hommes, de femmes et d’enfants qui luttent pour manger, pour aimer, pour travailler, pour protéger leur famille, leurs croyances et leurs rêves. Mon père, comme le vôtre, a été décoré pour avoir combattu pendant la Seconde Guerre mondiale. Il m’a élevé avec la profonde conviction que la Constitution et la Déclaration des Droits doivent s’appliquer à tous les Américains qui se sacrifient pour leur sauvegarde et, par principe, à tous les êtres humains.

Beaucoup de vos actions entreprises ou proposées aujourd’hui semblent violer tous les principes déterminants de ce pays dont vous êtes président : l’intolérance du débat (« avec nous ou contre nous »), la marginalisation de vos détracteurs, l’encouragement de la peur par une rhétorique infondée, la manipulation de médias prompts à vous donner satisfaction et la position prise par votre gouvernement concernant la réduction des libertés civiles…Tout vient contredire l’âme même du patriotisme que vous revendiquez. Vous tenez apparemment votre rôle de dirigeant avec un sens prononcé de la famille. Regardez de près les médias qui vous soutiennent le plus ardemment. Voyez la peur dans leurs yeux, tandis qu’ils clament haut et fort leur soutien d’une voix qui cache mal, sous le masque d’un « franc-parler inflexible », ce courant sous-jacent de fureur et de panique historiquement désastreux. Nous sommes désormais bien loin de comprendre ce que signifie tuer un homme, une femme, un enfant, sans parler des « dommages collatéraux » pour des centaines de milliers d’êtres humains. Vous parlez souvent « d’un nouveau type de guerre » en accompagnant ces mots d’un étrange sourire. Je trouve inquiétant que ce que vous nous demandez c’est d’abandonner toutes les précédentes leçons de l’Histoire pour vous suivre aveuglément dans le futur. Je suis inquiet parce qu’avec les meilleures intentions de votre part, un énorme excédent économique a été gaspillé. Votre gouvernement a pratiquement rejeté tous les problèmes environnementaux les plus fondamentaux. Pour nous cela signifie implicitement que, puisque vous voulez apparemment sacrifier les enfants du monde, vous voulez aussi sacrifier les nôtres. Sachant que telle ne peut être votre intention, je vous en prie, monsieur le président, écoutez Gershwin, lisez des chapitres de Stegner, de Saroyan, les discours de Martin Luther King. Pensez à l’Amérique. Souvenez-vous des enfants irakiens, de nos enfants et des vôtres. Il ne peut y avoir de justification des actions d’Al-Qaida. Jamais. Ni d’acceptation de la brutalité criminelle du tyran Saddam Hussein. Pourtant, répondre aux bombardements par des bombardements, à la mutilation par la mutilation, au meurtre par le meurtre, voilà un modèle auquel seul un grand pays comme le nôtre peut mettre un terme. Seulement on ne peut pas s’empresser d’abandonner ses principes tout en feignant de les respecter.

Eviter la guerre tout en assurant la sécurité nationale n’est pas une tâche simple. Mais vous n’avez certainement pas oublié que nous, les Américains, avons eu autrefois un petit problème de missiles à Cuba. La retenue de M. Kennedy (et celle du capitaine de sous-marin nucléaire Arkhipov) doit servir d’exemple. Les armes de destruction massive sont à l’évidence une menace pour le monde entier, quels qu’en soient les détenteurs. Mais en tant qu’Américains, nous devons nous interroger : puisque leur éventuelle détention par M. Hussein ne menace pas seulement notre pays (en fait sa technologie de lancement n’est probablement pas encore à un niveau de sophistication si élevé), c’est donc dans sa propre région qu’il y a les meilleures raisons de s’inquiéter. Mais alors pourquoi les Etats-Unis sous votre gouvernement font-ils partie de la petite minorité des nations du monde prédisposées à mener une attaque militaire préventive contre l’Irak ?

En d’autres termes, monsieur le président, réintroduisons les équipes d’inspection pour entraver la capacité offensive. Nous gagnons du temps, nous maintenons nos principes chez nous et à l’extérieur, et nous nous imposons un esprit inventif afin d’être le muscle diplomatique le plus fort de la planète, voire de l’histoire de la planète. Les réponses viendront. Vous êtes un homme de confiance, mais votre sabre ébranle la confiance de nombreux Américains à votre égard.

Je saisis bien l’énorme difficulté de votre tâche en ce moment et je me mets à votre place. Père de deux jeunes enfants qui vivront dans un monde façonné par les décisions cruciales prises aujourd’hui, je n’ai pas le choix, je suis obligé de croire que vous pouvez finalement être un bon président. C’est l’Histoire qui vous a offert ce destin. Aussi, monsieur, encore une fois je vous en prie, faites tout pour sauver l’Amérique afin de ne pas nous laisser en héritage la honte et l’horreur. Ne détruisez pas l’avenir de nos enfants. Nous vous soutiendrons. A vous aussi de nous soutenir, nous vos concitoyens américains, et de soutenir finalement l’humanité.

Défendez-nous contre le fondamentalisme à l’extérieur, mais ne fermez pas les yeux sur celui qui se manifeste dans une citoyenneté diminuée par la perte des libertés civiles, dans le renforcement dangereux de l’autorité présidentielle par les lois du Congrès, et dans la conviction erronée et omniprésente de ce pays que sa « destinée manifeste » est d’être le gendarme du monde. Nous savons que les Américains ont peur et sont en colère. Cependant, sacrifier des soldats américains ou des civils innocents dans une attaque préventive sans précédent sur une nation souveraine isolée risque fort de n’être en définitive qu’un remède très provisoire. En revanche, si vous exploitiez en toute confiance ce que ce pays offre de meilleur pour soutenir votre rôle éminent de représentant d’un Etat américain fort, réfléchi et cultivé, votre triomphe a toutes les chances d’être de longue durée. Telle est la voie qu’il faut suivre, monsieur le président. Nous serons alors à vos côtés.

Veuillez agréer, monsieur le président, l’expression de mes respectueuses salutations.

S. P.

(Traduit de l’américain par Geneviève Carcopino.)

Extrait de la lettre ouverte parue dans le Washington Post du 18 octobre 2002 – “An Open Letter to the President of the United States of America” by Sean Penn paru en français dans le journal Le Monde.

Sean Penn est né en 1960 en Californie. Il a tourné avec Brian DePalma (Outrages, Carlito’s Way), Dennis Hopper (Colors), Oliver Stone (U Turn), Woody Allen (Accords et desaccords), Terrence Malick (La Ligne rouge)…Il a realisé trois films (The Indian Runner, The Crossing Guard, The Pledge avec Jack Nicholson) et cette année un court metrage dans le film collectif 11 septembre. Il tourne actuellement Mystic Riveréd de Clint Eastwood.

Thomas van Oudenhove de St Géry : Il pleut dans mon cœur …comme il pleut (des bombes) sur Bagdad

Ca y est, on y est, les faucons unilatéralistes américains l’ont emporté (c’était prévisible) sur l’opinion publique mondiale. L’onu est morte, enterrée par Georges deubeuliou … En fait, on pense tirer des leçons de l’histoire, mais il y aura toujours des hommes qui n’en seront pas capables. De la même façon que la sdn est devenue caduque avec l’Anschluß de 1938, l’onu devient moribonde depuis deux jours. Et il pleure dans mon coeur, car des jours sombres arrivent …

On peut peut-être y échapper, mais ça me paraît assez improbable, quand on sait qu’une intervention militaire au Proche-Orient est déjà délicate, si en plus on commence à faire rentrer des histoires de religion (au fait, c’est la religion d’état, le christianisme, aux Etats-Unis ??? ), ça risque de très mal finir. La seule raison d’empêcher un déferlement de violences (anti-américaines en particulier) dans le monde entier, c’est l’hyper-puissance militaire et économique des usa ; ce qui revient à la confiscation de la démocratie mondiale.

Un dictateur, c’est bien un dirigeant qui n’est pas à l’écoute de son peuple et qui s’appuie sur une forte armée pour écraser les rebelles ? Et bien il me semble que c’est tout à fait la description de l’administration Bush, qui refuse toute voie diplomatique pour n’en faire qu’à sa tête. Le problème, c’est que l’onu (et à plus forte raison ses membres, pris individuellement) est impuissante pour lutter contre ce dictateur mondial. C’est donc le peuple américain, de l’intérieur, qui doit se débarasser de ce tyran …

Jeudi 20 mars 2003,

Thomas van Oudenhove

Laure Klein : article du 11 mars 2002 dans le Los Angeles Times

Quand la Maison Blanche a décidé qu’il était le temps de s’occuper de la marée naissante d’anti- américanisme dans le monde, il n’a pas fait appel à un diplomate de carrière. Au lieu de cela – et conformément à la philosophie de l’administration Bush qui veut que tout ce que le secteur public peut faire, le secteur privé peut le faire encore mieux – il a loué les services d’un des meilleurs promoteurs de marque de Madison Avenue. La mission de Charlotte Beer, en tant que sous-secrétaire d’État à la Diplomatie et aux Affaires Publiques, n’était pas d’améliorer les relations avec d’autres pays, mais plutôt de réaliser une révision complète de l’image des États-Unis à l’étranger. Mme Beer n’avait aucune expérience diplomatique antérieure, mais avait occupé un poste de haute responsabilité dans les deux agences publicitaires J. Walter Thompson et Ogilvy et Mather, et elle a crée des marques allant de la nourriture pour chien aux perceuses électriques.

Maintenant on lui demande d’user de sa magie pour relever le défi le plus grand d’entre tous pour une marque : vendre les États-Unis et sa guerre au terrorisme à un monde de plus en plus hostile. La nomination d’une publicitaire à ce poste a tout naturellement soulevé quelques critiques, mais le Secrétaire d’état Colin Powell l’a balayé d’un revers de main : “Il n’y a rien de mal à faire appel à un vendeur. Nous vendons un produit. Nous avons besoin de quelqu’un qui puisse reformater la marque ”Politique étrangère Américaine“, et la marque ”Diplomatie“. ”Et d’ajouter : “D’ailleurs, c’est elle qui m’a fait acheter du riz ”Oncle Ben’s“. ”

Alors pourquoi la campagne sur cette nouvelle Marque “USA”, version améliorée, est-elle si confuse, cinq mois seulement après le lancement ? Plusieurs des annonces du Service public ont été montrées du doigt pour avoir manqué de rigueur au vu des faits. Et lorsque Mme Beers est partie en mission en Égypte au mois de janvier, pour améliorer l’image des États-Unis auprès des “leaders d’opinion” arabes, cela n’a pas porté ses fruits.

Muhammad Abdel Hadi, un des rédacteurs en chef au journal Al Ahram, a quitté la réunion avec Mme Beers, frustré par le fait qu’elle ait semblé plus intéressée de parler de valeurs américaines vagues, au lieu d’aspects précis de politique américaine. “Quel que soit l’effort que l’on fasse pour leur faire comprendre, il n’y a rien à faire” a-t-il dit.

Le malentendu est probablement venu du fait que Mme Beers considère l’image ternie des États-Unis au niveau international, simplement comme un problème de communication.

Bizarrement, malgré toute la culture globale qui se déverse de New York, Los Angeles et Atlanta, malgré le fait que l’on puisse recevoir CNN au Caire et l’émission “Black Hawk Down” dans Mogadishu, l’Amérique n’a toujours pas réussi, selon les mots de Charlotte Beers, “à vendre son histoire”. En fait, le problème est tout le contraire : l’Amérique s’est trop bien vendue. Les écoliers peuvent réciter ses revendications sur la démocratie, la liberté et l’égalité des chances aussi aisément qu’ils associent McDonald avec la convivialité familiale et Nike avec la prouesse sportive. Et ils s’attendent à ce que les États-Unis soient en accord avec leurs revendications.

S’ils sont en colère, comme manifestement des millions d’autres, c’est parce qu’ils ont vu ces promesses trahies par la politique américaine. Malgré l’insistance du Président Bush à dire que les ennemis de l’Amérique en veulent à ses privilèges, la plupart des critiques des États-Unis n’élèvent en réalité aucune objection à cet égard. Ils dénoncent plutôt l’unilatéralisme américain en regard des lois internationales, à propos des disparités de richesse grandissantes, des mesures draconiennes envers les immigrants et des violations des droits de l’homme – tel que récemment à Guantanamo. La colère n’est pas due seulement à ces faits, mais aussi à la perception claire d’une manipulation publicitaire. Autrement dit, l’Amérique n’a pas un problème avec son image de marque – qui pourrait difficilement être plus forte – mais avec son “produit”.

Un autre obstacle encore plus profond concernant le relancement de la Marque “USA” touche au coeur même du processus d’élaboration d’une marque. Le marketing de marque réussi, écrivait récemment dans le journal Advertising Age, Allen Rosenshine le président de BBDO Worldwide, “exige un message soigneusement ouvragé, livré avec cohérence et rigueur”. Tout à fait vrai. Mais les valeurs que Charlotte Beers est chargée de vendre sont la démocratie et le droit à la différence, valeurs qui sont profondément incompatibles avec “cette cohérence et cette rigueur”. Si vous ajoutez à cela que beaucoup des critiques les plus virulents ont le sentiment d’être obligé par le gouvernement (qui se révolte face à des formules telles que “État voyou”) de se conformer à la norme, la campagne de marque de l’Amérique pourrait lui exploser à la figure et exploser gravement.

Dans le monde de l’entreprise, une fois que “l’identité de marque” est décidée par la direction générale, elle est mise en application avec une précision militaire dans toutes les opérations de la société. L’identité de marque peut être façonnée pour s’adapter à la langue locale et aux préférences culturelles (comme McDonald sert des pâtes en Italie), mais ses particularités esthétiques, son message et son logo restent inchangés. Cette cohérence est ce que les responsables de marque aiment appeler “la promesse” d’une marque : c’est cette promesse qui fait que partout où vous allez dans le monde, de Wal-Mart, à Holiday Inn ou à Disneyland vous aurez l’impression d’être à l’aise dans un monde familier. Tout ce qui menace cette homogénéité réduit la force globale d’une société. C’est pourquoi la promotion tonitruante d’une marque va de pair avec des poursuites judiciaires acharnées contre celui qui ose y toucher, que ce soit en piratant ses logos ou en répandant des informations indésirables sur Internet à propos de la marque.

Par nature, le but du marketing de marque est de diffuser des messages univoques qui sont rigoureusement contrôlés et présentés dans la forme la plus attirante, et qui sont rendus par la suite hermétiquement impénétrables à ceux qui souhaitent transformer ce monologue de l’entreprise en un dialogue social. Les outils les plus importants pour le lancement d’une grande marque peuvent être la recherche, la créativité et le design, mais ensuite, les lois du copyright et la poursuite en diffamation sont les meilleurs amis d’une marque.

Quand les responsables de marque transfèrent leurs compétences de l’entreprise au monde politique, ils apportent invariablement avec eux ce goût obsessionnel pour l’homogénéité. Par exemple, lorsqu’on demanda son avis à Wally Olins, le co-fondateur du bureau de consultants en marques Wolff Olins, sur le problème de l’image de l’Amérique, il s’est plaint du fait que les gens n’ont pas une seule idée simple sur ce qu’incarne le pays ; mais au contraire des douzaines, sinon des centaines qui “se mélangent dans la tête des gens de la façon la plus extraordinaire. Donc, vous trouverez souvent les gens qui dans la même phrase admirent et injurient l’Amérique.”

Dans une perspective marketing, il serait certainement embêtant de se retrouver simultanément à admirer et injurier une poudre de lessive. Mais lorsqu’il s’agit de la relation que nous avons avec les gouvernements, à commencer par le gouvernement de la nation la plus puissante et la plus riche du monde, cela implique nécessairement une analyse plus approfondie. Avoir des points de vue contradictoires sur les États-Unis – l’admirant pour sa créativité, par exemple, tout en lui en voulant pour sa logique du “deux poids-deux mesures” – ne signifie pas que l’on est dans “la confusion”, pour reprendre la phrase de M. Olins, cela signifie plutôt que qu’on y prête attention.

De surcroît, une bonne partie de la colère dirigée contre les USA, provient d’une croyance exprimée aussi aisément en Argentine comme en France, en Inde comme en Arabie Saoudite – selon laquelle les États-Unis exigent beaucoup trop de “cohérence et de rigueur” à d’autres nations; que derrière son soi-disant engagement envers la démocratie et la souveraineté, l’Amérique est profondément intolérante envers les incartades au modèle économique connu sous le nom du “Consensus de Washington”. Que ces politiques – si avantageuses pour les investisseurs étrangers – soient imposées par le Fonds monétaire international qui siège à Washington ou par des accords commerciaux internationaux, ne change rien aux critiques des États-Unis qui estiment généralement que le monde est déjà beaucoup trop influencé, marqué, par la façon qu’a l’Amérique de gouverner (sans parler des marques américaines).

Il y a une autre raison de se méfier du mélange entre la logique de marque et la pratique de la gouvernance. Quand les sociétés essayent de mettre en oeuvre une image mondiale cohérente, elles ressemblent aux franchises standard. Mais quand les gouvernements font de même, ils peuvent avoir l’air clairement autoritaires. Ce n’est pas par hasard si les chefs politiques les plus préoccupés par le marketing de leur propre image de marque et celle de leur parti, sont ceux qui ont été les plus allergiques à la démocratie et la diversité. Pensez aux peintures murales géantes de Mao et aux petits livres rouges et n’oubliez pas Hitler, un homme totalement obsédé par la pureté de l’image : au sein de son parti, de son pays, de sa race. Historiquement, cela a été la part obscure des politiciens luttant pour la cohérence de “marque” : une information centralisée, des médias contrôlés par l’état, des camps de rééducation, l’épuration de dissidents et pire encore.

La démocratie, heureusement, ne partage pas les mêmes idées. À la différence des grandes marques, qui sont prévisibles et disciplinées, la démocratie est désordonnée et fragmentée, sinon franchement frondeuse. Charlotte Beers et ses collègues ont peut-être su convaincre Colin Powell d’acheter de l’Oncle Ben’s en créant une image de marque rassurante, mais les américains ne sont pas des grains de riz identiques, ni des hamburgers assemblés à la chaîne, ni des jeans couleur kaki de chez Gap.

Sa plus puissante “valeur de marque” pour employer un terme de l’univers de Mme Beer, est d’épouser la diversité, une valeur que Charlotte Beers essaie aujourd’hui ironiquement d’estampiller partout dans le monde avec une uniformité standardisée. La tâche est non seulement futile, mais dangereuse : la “cohérence de marque ” et la véritable diversité humaine sont antithétiques, l’une cherche l’uniformité, l’autre célèbre la différence, l’une craint tous les messages spontanés, l’autre encourage le débat et les divergences d’opinion.

En faisant récemment la promotion de la Marque “USA” à Pékin, le président Bush a soutenu que “dans une société libre, diversité ne veut pas dire désordre. Débattre n’est pas ”se battre". L’auditoire a applaudi poliment. Le message aurait été plus persuasif si ces valeurs étaient mieux reflétées dans la communication de l’administration Bush avec le monde extérieur, à la fois dans son image et, qui plus est, dans sa politique.

Car, comme le Président Bush le signale fort justement, la diversité et le débat sont des éléments vitaux de la liberté. Et ils sont les ennemis du marketing de marque.

Laure Klein – 11 mars 2002.

Cet article a été publié pour la première fois dans le Los Angeles Times

Traduction : Les Humains Associés

Les Humains Associés : Manifeste planétaire

Ceci est le texte fondateur (1984) des Humains Associés :

Sur notre planète bleue blues qui vit dans la peur terrifiante des guerres de toutes sortes, guerre fanatique, guerre psychologique, guerre bactériologique, guerre de haine, guerre religieuse, guerre économique…nous avons perdu presque toute valeur en tant qu’individu.

Chacun de nous aujourd’hui vaut moins que le vêtement qu’il porte, à moins qu’il ne représente une puissance sans visage. Nous vivons sur une poudrière qui peut s’embraser d’un moment à l’autre, et nous oublions que le changement de cette situation dépend de la prise de conscience de chacun de nous en particulier.

Nous voulons inviter à réfléchir sur notre condition humaine, sur le fait que nous formons un tout indivisé et, de par ce fait, ne pas nous arrêter sur ce qui nous divise, mais chercher ce qui nous unit.

Nous invitons à réfléchir sur notre irresponsabilité personnelle vis-à-vis de notre espèce et de notre planète, réfléchir sur notre bêtise, notre naïveté qui permettent aux meneurs de jeu, aux avides de pouvoir de tous bords de nous mener par le bout du nez, en prétextant qu’ils savent mieux que nous-mêmes ce qui nous convient en tant que choix de vie.

Nous invitons à nous respecter les uns les autres, à respecter les opinions, les croyances de chacun sans chercher à tout prix à avoir raison, sans chercher à nous convertir les uns les autres. Il ne s’agit pas d’une invitation à l’attroupement, ni une invitation à l’uniformisation où nos différences seraient effacées, moins encore à adopter la politique de l’autruche à leur sujet, mais de les reconnaître et les utiliser comme complémentaires car chacun est unique en soi.

Nous invitons à choisir de nous laisser guider par notre conscience, à assumer pleinement notre liberté d’être, à réaliser l’humanité en nous, dans la responsabilité partagée.

Nous appelons à la dignité humaine, à la tolérance, à la solidarité, à l’amitié et à la reconnaissance. Nous savons tous que nous sommes capables du meilleur comme du pire, nous savons aussi que nous pouvons, si nous le voulons, réaliser l’harmonie en nous et autour de nous et nous rappelons que :

La terre aussi est unique.

Ne la gâchons pas.

Ne nous gâchons pas.

Les Humains Associés (humains-associes.org/)

Les Humains Associés est une association à but non lucratif, fondée en 1984 à Paris,et réunissant des psychologues, journalistes, scientifiques et artistes. Mouvement culturel et artistique, s’intéressant à l’humain et à l’écologie, sans oublier le social, cette association est indépendante et apolitique, et fonctionne grâce aux divers sympathisants qui offrent grâcieusement leur savoir-faire. Elle mène une réflexion sur les valeurs humaines et effectue un travail de sensibilisation culturelle à ces valeurs, par des moyens de communication divers (édition, campagne d’affichage 4x3, Internet)